Le syndrome du « Han j’aurais dû dire ça ! »
rakanishu | 10 juillet 2009Aujourd’hui, je me suis retrouvé dans le métro avec deux pédales très marais-style (avec teinture blonde délavée à la Brüno et sac à main gigantesque que même ta mère ose pas mettre). Enfin ça pouvait aussi être des métrosexuels, certes, mais j’avais pas l’impression, honnêtement. Surtout qu’ils semblaient m’avoir reconnu. Enfin bon, j’avais mes écouteurs vissés sur mes oreilles et j’ai juste cru déceler de leur part une réaction quand je suis entré dans le métro et des dialogues tout en me regardant.
Je me dis que ce n’est que mon imagination. Ca a duré 10s, le temps que j’entende à répétition dans mon oreille « COPAIN ! COPAIN ! COPAIN ! COPAIN ! »
Ce que je fais quand je crois qu’on parle de moi ? J’mets mon lecteur MP3 sur « pause ».
Réaction :
« Il a mis pause, c’est sûr qu’il nous entend, c’est ce qu’on fait pour écouter discrétos ! »
Ah bah pris la main dans le sac …
Intrigué, je me retourne, on se regarde, mais non ils me disent rien. Ils doivent être sûrs de m’avoir reconnu mais j’ai une telle mémoire des visages que moi ils ne me disent rien. Pis bon, quand on reconnait quelqu’un dans le métro, on fait pas son débile comme ça. Enfin à deux on se sent toujours plus couillu, c’est bien connu, j’dis plus facilement des conneries dans le métro entre amis moi aussi.
J’retourne à mon Ipod et lance la fin de mon épisode de South Park. Là, je sens encore leurs regards scrutateurs, et mi blasé/énervé/soulé et mi-molette mec-cool, j’retourne le lecteur MP3 avec South Park vers le plus proche de moi en faisant « Ca t’intéresse ? ». Je pige pas ce qu’il dit (j’avais encore les écouteurs vissés) mais le voit sortir le sien me le montrer. Gros fail, il me restait 1mn d’épisode, j’arrive donc sur le générique de fin. Là j’enlève mes écouteurs et lui demande s’il veut qu’on échange de lecteur MP3, il semblait bien aimer le montrer ; c’est que son Iphone a quand même un écran plus grand que le mien. Je précise aussi, genre je suis le mec le plus lolant du monde, que par contre pour être honnête j’ai que de la zic de merde moi (s’pa faux en plus
). Il me répond pour être honnête que lui elle déchire, et se met à aller dans le cover flow et à le fouiller en faisant une tête bizarre.
Re-blasé, je lance une playlist de mon côté, augmente le son et leur tourne à nouveau le dos, tout en entendant en fond leur voix monter de plusieurs crans en espérant être entendu. Je ne saurais pas ce qui a été dit à ce moment là, s’ils se foutaient de ma gueule ou cherchaient à attirer mon attention ou quoique ce soit, les autres personnes du métro en ont profité plus que moi.
Enfin, libération, arrive Paris Est. Bon ils sortent aussi, mais prennent une autre direction. Libération quand même.
Or, cette libération amène le fameux syndrôme du « Han mais j’aurais dû dire ça ! » « Han mais j’aurais dû réagir comme ça ! », ce truc terriblement frustrant qui se passe toujours en deux phases :
- La première phase vous fait repasser la scène dans la tête encore et encore, 500 000 fois, mais jamais la même :
- « J’aurais du leur balancer un grand sourire à mon arrivée et leur faire « On se connait ? » ! Avec de la chance ça aurait fini en plan à 3 ! »
- « J’aurais du faire « Qu’est-ce qu’elles me veulent les deux pédales défraîchies du Marais ? »
Et pleins d’autres plus ou moins agressifs que je n’ai plus en tête 3h après mais bon, vous voyez le genre. - La seconde phase vous amène à toutes les circonstances qui ont mené à ce moment frustrant. C’est souvent à ce moment là qu’on souhaite le plus l’existence d’une machine à voyager dans le temps, afin soit de clouer le bec aux personnes, soit d’éviter les divers évènements qui ont poussé à cette rencontre fortuite.
Par exemple, j’étais parti exceptionnellement plus tôt du boulot ce soir. 18h au lieu de mes 18h15-30 habituelles. Puis j’ai laissé passer un métro quand j’attendais la ligne 9. Ensuite, à mon changement à la ligne 7, je ne suis pas allé tout devant au bout du quai, alors que je fais ça en général, tout simplement parce que j’étais un peu étourdi et que j’avais oublié qu’en général je m’avance. Bref, si j’étais parti à l’heure, si j’avais pas laissé passer un métro ou si j’étais tout simplement allé au fond comme je le fais d’habitude, j’aurais pu éviter ce moment un peu dérangeant*
Un peu comme une fois où, encore une fois dans le métro, j’étais à un endroit gênant pour la sortie de certains mais étourdi comme je suis je ne m’en étais pas rendu compte sur le coup. J’suis pas un gros emmerdeur, en général je fais un maximum pour pas faire chier les gens, c’est donc dans un « Oh mince désolé ! » enjoué et tout sourire sincère que je suis sorti du wagon pour faciliter la sortie des gens. C’est à ce moment là qu’une conne n’a rien trouvé de mieux que de me cracher à la gueule un « Bah bon sang il était temps que vous vous en rendiez compte ! » en passant devant moi et en râlant. Pute. Tout ce que j’ai trouvé à dire à ce moment là a été un « Ouais mais heu … fallait le dire avant, d’abord ! ».
Ouah. Ca c’est de la répartie. Bravo ! J’applaudis ! L’heure d’après je me repassais cette scène en boucle :
- « Hé connasse, au lieu de rester à pester intérieurement devant moi à ce moment là t’aurais pu me signaler ! »
- « Hé grognasse, reste polie ! »
Et plein de trucs commençant par un « Hé, <insulte> » rageur. Suivi d’un « Bon sang, si j’étais pas monté dans ce métro, elle m’aurait pas engueulé. Ou « Si j’avais fait gaffe, elle m’aurait pas engueulé ». Etc etc.
C’est une manière d’être qui pourrit l’existence. Moi à chaque fois que ce genre d’évènements picotant m’arrive, mes pensées sont vraiment obnubilées par ça un certain temps. Aujourd’hui ça a été l’heure, sûrement parce que c’était pas plus grave que ça et parce que je m’imaginais déjà les retrouver à la sortie de ma gare et leur demander des explications (si vous saviez l’imagination que j’ai. Dans une journée, j’ai 8000 scènes qui doivent se tourner dans ma tête /o\), ce qui m’a plutôt réconforté / calmé.
Mais par exemple la fois où je me suis balladé avec de belles traces de caca sur mon jean, j’ai un peu mis la matinée pour m’en remettre ^^ Ou à mes tout débuts au boulot, quand j’me suis fait gronder par le patron parce que je parlais trop fort, je m’étais presque totalement tu une demi-heure, en proie à une culpabilité énorme.
Bon sinon j’ai pas de chute pour ce post, donc je vais m’arrêter là. Je pourrais balancer un gênant « Et vous, vous en pensez quoi les amis ? » mais c’est un peu risible pour les 3 commentaires que je vais recevoir. Dont acte.
Chute.
* Oui, ce genre de non-conventions sociales en société me stressent. Ca fait partie de mes névroses débiles, en fait tout dans le dedans de moi j’étais über stressé et ça me faisait trembler comme une feuille. Je faisais croire que je tapais du pied au rythme de la musique pour le cacher /o\ Bref j’étais pas du tout à l’aise, et c’est pour ça qu’ensuite dans ma tête je m’imaginais un moi trop cool leur tenir tête grave ^^






rakanishu
10 juillet 2009Putain ça faisait longtemps que j’avais pas pondu un long billet, ça fait du bien ^^
Moon
10 juillet 2009Ben, moi, je préfère quelqu’un qui agit bêtement à quelqu’un qui agit agressivement. Tu aurais traité ces gens de pédales et tout, j’aurais été déçu. Au moins, un balbutiement maladroit prouve que tu es quelqu’un de gentil. (Et que cette dame est une connasse.)
(Oui, oui, je lis ton blog depuis quelques temps. Non, non, j’avais juste envie de m’exprimer, là.)
Gandalf
10 juillet 2009Un jour on fera une série sur toi qui s’appelera « Et si… » et ça s’inspirera de toutes ces scènes que tu repasses en boucles dans ta tête.
Et pour ce faire un max de fric on demanderait au public de voter par numéro de téléphone payant la version qu’ils préfèrent et comme ça tu seras riche \o/
rakanishu
10 juillet 2009Ué mais ça fait quand même sacrément bonne poire après
Pis ça t’es jamais arrivé ptêt, et de répondre de manière agressive dans ta tête ? ^^ Ca se limite qu’à ma tête de toutes façons, j’l'ai rarement été en vrai
[...] [...]
Shoulda, woulda, coulda… | MatooBlog | 11 juillet 2009[...] [...]
Didier
11 juillet 2009Au-moins ça t’inspire des posts très drôles. :p
J’ai pas ce problème parce-que tout dépend de mon humeur du moment. Soit j’ignore, soit j’gueule, soit j’entame une conversation pouvant devenir interminable, soit je fais ma gueule des mauvais jours et j’oublie dans les deux secondes qui suivent.
mrWak
11 juillet 2009J’ai pas trop compris le début, toi qui est ultra-timide, d’où t’es venu l’idée de leur parler et de leur montrer ton ipod ?
Rakanishu
12 juillet 2009Bah comme dit c’est mon côté mi-blasé mi mec cool qui a essayé de prendre le dessus, vu que bon, l’épisode de South Park derrière lequel je me cachais était fini et fallait bien que je fasse quelque chose
Fade Out
13 juillet 2009A mon avis tu t’es fait plus de mal en t’énervant tout seul et en repassant ces scènes dans ta tête, qu’il y a eu de mal directement de leur part.
La réaction la plus fréquente dans le métro est de faire comme si les autres n’existaient pas (avec éventuellement le regard un peu méprisant « pff je m’en fous de votre vie »), ou de changer de wagon si vraiment ça craint. Et d’oublier 5 minutes plus tard. On trouve les parisiens très froids dans le métro, mais quand on a le droit à son lot quotidien de mecs bourrés, de mendiants, d’hurluberlus qui parlent tout seul, on comprend mieux pourquoi tout le monde finit par réagir comme ça.
Ma méthode perso c’ets un mélange d’empathie et d’évitement. Déjà je regarde très peu les gens dans le métro ou dans la rue, je ne fais pas trop attention à ça. Ensuite quand quelqu’un s’adresse à moi j’essaye de rester calme tout le temps.
L’autre jour un mec bourré (et qui tenait à peine debout) est venu me parler alors que j’écoutais de la musique. Je l’ai regardé avec un grand sourire et j’ai continué à écouter ma musique sans l’écouter, et au bout d’un moment il s’est barré. Le fait de ne pas s’énerver calme les gens (modérément) agressifs. Unea utre fois, c’était après la GP – j’étais avec Captain – un SDF est venu nous parler. On a pris ça sur le ton de la rigolade (facile avec Captain) et au final le mec était plutôt sympa quoiqu’un peu lourd, il nous a parlé des Don Quichotte, etc.
Dans ton cas je pense que j’aurais complètement ignoré les mecs (surement sans le faire exprès, je ne les aurait pas remarqué), ou bien si j’avais entenu qu’ils parlaient de moi je leur aurait demandé si on se connaissait.
Conclusion : il ne faut pas s’énerver tout seul ni accorder trop d’importances à ce genre de choses.
popin
15 juillet 2009T’as pas de répartie, mais tu es drôle quand même. Ça sauve tout.
Ça me rappelle mes cours de socio où Lebreton parlait d’une étude des comportements dans les lieux clos. Genre dans un ascenseur quelqu’un qui pète, généralement, que se passe-t-il, et pourquoi.
rakanishu
15 juillet 2009Ah bah non, commence pas, j’veux trop savoir : que raconte t’il sur cette situation ?
Bon sang j’suis si curieux qu’il me faut trouver un ascenseur et y péter dedans tout de suite !
Supain
23 juillet 2009Ce genre de reaction m’arrive aussi, genre me poser la question de « qu’est-ce qui se serait passe si… » et regrette/avoir des remords d’avoir fait ou pas fait un truc.
La seul fois ou j’ai eu la reaction « secondaire » qu’est passe en premier c’est la fois ou on s’est fait aborder par une « soit-disant » jeune de cite à Strasbourg et ses cartes bidons qui commence a nous blablater et qui des que je lui dit qu’on etait presses(ce qui etait a moitie vrai, vu qu’on devait repartir chez Renaud verifier un truc) m’a sorti « mais t’as vu comment tu marche comme un escargot! ».
Et je sais pas pourquoi d’un coup ca m’a gave, me rappelant comment ils reagissent à chaque fois que tu refuses de les ecouter et je lui ai sorti un « C’est ca! Connasse! » bien fort et on a continue notre route. A aucun moment j’ai regrette dans le sens ou eux des que tu refuses tout de suite ils te sortent des trucs genre que t’es egoiste quand ils t’insultent pas directement(comme a pu le voir Damien). Ce qui te conforte dans l’idee qu’ils font pas ca pour une bonne cause. Apres ils s’etonnent que les gens les evitent.
kitt67
26 juillet 2009Loool et je suis certains que tu as fait ton sourire de niais en plus
Brendan
13 août 2009Je compatis, parce que ça m’arrive tout le temps, on baragouine une phrase minable pour tenter vainement d’envoyer bouler la personne et après on trouve 5000 réponses qui lui auraient cloué le bec.
Et je viens aussi enrichir le vocabulaire de tout le monde, ce syndrôme ça s’appelle l’esprit de l’escalier :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Esprit_de_l%27escalier
ParabolaJen
3 septembre 2009Tu m’avais TROP pas raconté cette histoire.
J’pense qu’a ta place…
A ta place, ils m’auraient pas regardée, je ne suis pas un homme, je ne suis pas homo.
Merde.
Y m’arrive jamais rien a moi ! (OLOLZ FAKE MDR)
Vunkcle
19 décembre 2009Les americains appellent ça « l’esprit de l’escalier », la répartie ultime qui te vient quand tu pars d’une soirée où tu t’es dis tout le long , putain j’aurai du le moucher lui…